Transmania : un livre transphobe ?

Publié en avril 2024, le livre Transmania, coécrit par Dora Moutot et Marguerite Stern, suscite une vive controverse. Présenté par ses autrices comme un essai critique sur la place des identités trans dans la société, Transmania est rapidement devenu un sujet brûlant, accusé par de nombreuses associations et militant·es d’être ouvertement transphobe.
Entre volonté affichée de « lancer un débat » et dénonciation de ce qui est perçu comme une obsession anti-trans, Transmania divise profondément l’opinion publique. Tandis que certains le considèrent comme un témoignage courageux, d’autres y voient un ouvrage dangereux, renforçant les stéréotypes et contribuant à la stigmatisation des personnes trans. Nous allons revenir sur le contenu du livre Transmania, les raisons de la polémique, les critiques formulées par la communauté LGBTQ+ et les réponses apportées par les autrices, afin de comprendre pourquoi ce texte fait tant parler de lui.
Qu’est-ce que le livre Transmania ?
Le livre Transmania est un essai publié en avril 2024 par Dora Moutot et Marguerite Stern, deux militantes féministes déjà connues pour leurs prises de position radicales. L’ouvrage, édité aux Éditions du Cherche-Midi, se présente comme une critique de ce que les autrices appellent une « idéologie trans ».
Elles s’interrogent sur la visibilité grandissante des personnes transgenres et sur la reconnaissance de leurs droits dans la société. Elles y développent une analyse où elles présentent le mouvement trans comme une « dérive » ou une « mode », reprenant certains arguments associés aux mouvements dits gender critical.
Les autrices ne sont pas inconnues du grand public :
- Dora Moutot est une influenceuse et écrivaine, déjà critiquée pour ses propos polémiques sur les réseaux sociaux.
- Marguerite Stern, ancienne militante Femen, s’est fait connaître par l’organisation des collages féministes contre les féminicides, mais aussi par ses prises de position radicales, notamment contre les personnes trans.
Le positionnement de Transmania se veut frontal : il ne s’agit pas d’un ouvrage académique ou nuancé, mais d’un texte militant qui entend « dénoncer » ce que les autrices perçoivent comme une menace pour les droits des femmes. C’est ce ton sans compromis qui explique en grande partie la polémique qui entoure ce livre Transmania.
Pourquoi ce livre est-il accusé de transphobie ?
Depuis sa parution, le livre Transmania est au centre d’une polémique majeure. De nombreuses associations LGBTQ+ et militant·es dénoncent un ouvrage profondément transphobe, qui contribuerait à nourrir la haine et les discriminations envers les personnes trans.
Des arguments jugés stigmatisants
Les critiques reprochent aux autrices d’associer la transidentité à une « idéologie », voire à une « mode », minimisant ainsi les réalités vécues par les personnes trans. Plusieurs passages de Transmania sont pointés du doigt pour leur ton alarmiste, accusé de véhiculer des peurs infondées sur la transition médicale et sur la présence des personnes trans dans les espaces publics.

Réactions des associations et collectifs trans
Des organisations comme SOS Homophobie et de nombreux collectifs trans ont pris position contre l’ouvrage. Ils estiment que sa diffusion renforce les stéréotypes transphobes et légitime des discours politiques hostiles aux droits des personnes trans. Pour beaucoup, Transmania est moins un essai critique qu’un manifeste anti-trans.
La réception médiatique
La presse spécialisée a également pris position. Dans un article, Têtu décrit Transmania comme « un ouvrage obsédé par la transidentité » et souligne que le livre ne donne quasiment jamais la parole aux personnes trans elles-mêmes. Ce déséquilibre contribue à l’accusation de transphobie, car il invisibilise les voix concernées au profit d’un discours externe et hostile.
Si les autrices affirment vouloir « ouvrir un débat », beaucoup considèrent que cet ouvrage ne fait qu’amplifier des propos transphobes déjà trop présents dans l’espace public.
Les défenses et arguments des autrices
Face aux accusations de transphobie, Dora Moutot et Marguerite Stern rejettent en bloc l’idée que leur ouvrage serait haineux. Pour elles, Transmania n’est pas une attaque contre les personnes trans, mais une critique d’une « idéologie » qui, selon elles, menacerait les droits des femmes et la liberté d’expression.
Les autrices expliquent vouloir dénoncer ce qu’elles perçoivent comme une « dérive militante » autour de la question trans. Elles affirment que leur objectif est d’alerter sur des risques tels que l’accès des femmes trans aux espaces non mixtes ou la médicalisation des mineurs trans et la liberté de débattre des questions liées au genre.
Le discours de victimisation
Dans plusieurs interviews, Moutot et Stern se présentent comme victimes de censure, en affirmant que leurs conférences ou prises de parole sont régulièrement perturbées par des militant·es trans et allié·es.
La polémique autour de Transmania dans l’espace public
La sortie de Transmania n’a pas seulement provoqué des débats dans les médias et sur les réseaux sociaux. Elle a aussi donné lieu à de vives tensions dans l’espace public, allant de conférences contestées à des manifestations contre la diffusion du livre.
Manifestations et contre-manifestations
Plusieurs événements organisés pour la promotion du livre ont été perturbés par des militant·es trans et leurs allié·es. À Paris, des manifestations ont eu lieu pour dénoncer ce que beaucoup considèrent comme un ouvrage transphobe. Des slogans comme « Nos identités ne sont pas un débat » ou « Stop à la transphobie » ont été scandés face aux rassemblements où les autrices présentaient leur essai.

Débat sur la liberté d’expression
Les autrices, de leur côté, affirment qu’on cherche à les censurer. Pour elles, ce livre pose des questions légitimes qui méritent d’être débattues. Leurs soutiens mettent en avant le droit de publier et de défendre des opinions, même controversées, en invoquant la liberté d’expression. De l’autre côté, les associations trans et LGBTQ+ soulignent que la liberté d’expression ne doit pas servir de justification pour diffuser des discours qui stigmatisent et mettent en danger une population déjà vulnérable.
Le livre Transmania divise profondément. Pour ses autrices, Dora Moutot et Marguerite Stern, il s’agit d’un essai critique visant à interroger l’influence des questions trans sur la société. Mais pour de nombreuses associations, militant·es et personnes concernées, Transmania dépasse la critique pour s’inscrire dans un discours ouvertement transphobe, qui invisibilise et stigmatise les personnes trans.
Au cœur de cette polémique se joue un enjeu essentiel : celui de la dignité et des droits des personnes trans. Derrière les débats sur la liberté d’expression ou la censure, il est important de rappeler que les identités trans ne sont pas une « idéologie », mais des réalités humaines qu’il faut respecter.